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Cadrage -> Débordement
Sur les 108 étudiants de l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts qui se sont présentés, en 2006, au diplôme de fin de cinquième année, 100 ont été reçus, dont 14 avec les félicitations du jury. Comme à son accoutumée, l'établissement met à l'honneur cette poignée de jeunes espoirs, tous âgés de 25 à 30 ans, le temps d'une exposition. De manière fort significative, l'édition 2007 est intitulée « Cadrage -> Débordement ».
Cadrage -> Débordement


L'exposition annuelle de l'Ensba constitue indéniablement une étape charnière dans la carrière de ces jeunes félicités : dans la continuité de leur phase d'apprentissage (le temps du cadrage en atelier), s'immisce celle de leur envol, de leurs premiers débordements personnels. Elle dévoile de nouvelles pièces de jeunes talents qui, pour certains, sombreront inéluctablement dans les méandres de l'histoire de la création contemporaine, quand d’autres connaîtront sans doute la célébrité.

Les anciens étudiants semblent encore très marqués par l'enseignement de leurs mentors. Ainsi, tout comme son ex-directrice d'atelier Annette Messager, Julie Génelin pratique un art du quotidien, faisant tout à la fois la part belle à des éléments personnels (une collection de polaroïds de main tenant des téléphones portables...) et à des objets manufacturés fort modestes (des cartes postales, des emballages qu'elle schotche méthodiquement selon leur date de consommation). Pour Eric Féloneau, chargé des expositions aux Beaux-arts, cette forme d'émulation est tout à fait normale : « Si l'empreinte du maître est encore visible, c'est tout à fait normal (...) Les artistes qui inventent tout de bout en bout, ça n'existe pas. »

Contrairement à ce que le visiteur lambda pourrait imaginer, la plupart des félicités n'ont toujours pas développé de style véritablement personnel au bout de leurs cinq années d'études. Par contre, tous se distinguent en termes de maîtrise technique. Avec dextérité, Nicolas Giraud produit des éléments modulaires en grès porcelainique, sculpte le bois, tord l'acier de barrières mobiles, compose avec des formes en élastomère... Aucun geste ne semble en trop, la facture comme l'ajustement tendent à la perfection. Egalement à ce stade, Nicolas Dion ne se démarque pas non plus par l'originalité de sa thématique (une série de clichés de zones périphériques, un sujet assez banal dans la photographie contemporaine), mais par la qualité de ses tirages et son sens de la composition. Ses perspectives fuyantes témoignent, par exemple, d'une connaissance approfondie du paysage classique.

Les anciens élèves de l'Ensba auraient-ils tendance à produire un art atemporel, voire « classique », au dépend d'une réflexion axée sur l'actualité et leur environnement quotidien ? Si l'exposition a tendance à le stigmatiser, quelques pièces témoignent ici et là d'une indéniable ouverture sur le monde extérieur. Le montage vidéo Redondance cyclique de Farid Mekbel reprend les principaux termes avancés par les journalistes lors des émeutes en banlieue de novembre 2005 (« Il faut envoyer l'armée », « exclusion », « aucune perspective »...) et martèle, durant quatre minutes, les esprits de la même manière que la logorrhée médiatique post-moderne. Tout aussi engagé, mais sur un rythme beaucoup plus doux, le « travail expérimental » Marie Preston résulte de dialogues avec des populations péri-urbaines. Dans le cadre de « Cadrages / Débordement », elle dévoile son activité de « citoyenne tricoteuse » entrepris dans l'association de femmes maliennes de Montreuil. Durant trois ans, l'artiste participe à des séances de couture hebdomadaires, noue le dialogue avec celles-ci et engage une « pratique métisse » en tressant une couverture en bandes de wax tirées de boubous africains...

Au final, « Cadrage -> Débordement » dévoile un assez bon panel de propositions, capable de séduire tous ceux qui se penchent habituellement sur la jeune création. L'exposition met en valeur quatorze jeunes espoirs aux démarches singulières, tout à la fois investis, convaincus et sachant exploiter de manière cohérente leurs médiums. Elle se révèle très significative du foisonnement des pratiques enseignées à l'Ensba et permet de jauger le niveau technique de ses meilleurs élèves. Pour certains, il s'agit de leur toute première présentation publique et l'expérience fut, pour eux, une bonne occasion de se mesurer à un lieu d'envergure. Sans doute, celle-ci poussera certains à se dépasser encore plus et à entamer des carrières aussi brillantes que celles de leurs aînés : Boris Achour, Laurent Grasso, Fabien Vershaere...

 

L'exposition « Cadrage -> Débordement » est visible à l'Ensba, du 22 mai au 13 juillet 2007.

Publié le 18 juin 2007

Par Jean-David Boussemaer
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